01 novembre 2008
Culture informationnelle et école: rencontres au CRDP du Centre
Le CRDP du Centre (Académie d'Orléans-Tours) a organisé, le 29 mai 2008, une rencontre autour du thème "CULTURE INFORMATIONNELLE : QUELS ENJEUX POUR L'ÉCOLE ET LA SOCIÉTÉ ?" devant des professeurs documentalistes. Les différentes intervention sont disponibles sur le site du CRDP.
Alexandre Serres (maître de conférence en SIC, URFIST de Rennes, et ancien professeur documentaliste), lors de sa conférence "L'école au défi de la culture informationnelle", introduit en fait cinq défis auxquels l'école est confrontée pour appréhender cette culture. Le premier défi est celui de l'innovation permanente, qui va toujours plus vite que le temps de l'école et qui oblige à anticiper l'inconnu et à qui on peut opposer le recentrage sur des notions stables. La révolution informationnelle c'est aussi faire face à une pression du résultat, à la crise de l'attention, des médiations et de l'autorité (la transmission des savoirs n'est plus l'apanage de l'école). Les TIC deviennent à la fois problème et solution, un "pharmakon". Le savoir numérique, bien qu' "l'info-pollueur" induit de nouvelles potentialités comme la démocratisation du savoir et le travail collaboratif. Ensuite, la nouvelle économie de l'information va de paire avec la pression du marketing publicitaire, c'est-à-dire la commercialisation de mots-clés et le marketing personnalisé. Les "digital natives" imposent aussi un autre défi: l'usage ludique, personnalisé, dynamique, multi-tâches, communautaire, que les adolescents font des TIC sont parfois synonyme de mésusage informationnels (comme le plagiat), d'inversion des rapport parents/enfants et de consumérisme scolaire et cognitif. Mais on voir naître aussi de nouvelles compétences cognitives, comme le multi-tâches, le travail en réseau et en équipe. Enfin, la révolution numérique est aussi un défi lancé au système éducatif. La naïveté, la séduction face à une technologie mal maîtrisée par les enseignants peut être réduite par l'éducation à l'information via "les 3 R": "réaliser (développer les apprentissages documentaires et informatiques. Maîtriser la technique des outis), "réfléchir" (faire passer des notions informatiques ett documentaires, didactiser, définir un corpus à enseigner) , résister" (à la façon de Google, au marché de l'information), où les professeurs documentalistes ont un rôle important à jouer et où apparaît la nécessité de formation aux notions et aux enjeux des TIC. La didactique de l'information a à ce titre des enjeux éducatifs (comprendre et conceptualiser les phénomènes informationnels), scientifiques (concepts, domaine d'enseignement, validation), de professionnalisation des professeurs documentalistes qui voient leur rôle pédagogique s'intensifier, didactiques (concepts, curriculum) et pédagogiques (contenus à enseigner, pédagogie documentaire réelle).
Première table ronde: "Des usages et des pratiques dans et hors l'école", modérée par Patrick Morisi, directeur du CDDP de l'Essonne.
Françoise Chapron, maître de conférence à l'IUFM de Rouen, rappelle que, hors école, les pratique informationnelles des jeunes sont surtout de nature informelle, basés surtout sur la communication (chat...). Mais qu'en est-il à l'école? Pour Danielle Rembault, IA-IPR vie scolaire, l'institution doit s'enrichir de la recherche universitaire. En ce qui concerne la double appellation "enseignants documentalistes", l'institution n'a pas, selon elle, de discours suffisamment clair. On ne sait toujours pas si la documentation est une discipline ou une didactique, pour l'instant out est flou. Pourtant le professeur documentaliste apparâit clairement dans le pilier 4 du socle commun (maîtrise des TIC) et dans le B2i. Ils doivent en profiter pour s'emparer de la pédagogie et réfléchir sur un curriculum, et faire passer la primauté de la technique à une véritable démarche intellectuelle. Par contre, ce qui fait pour elle consensus, c'est que l'info-documentation n'est plus l'affaire d'une seule personne, d'un seul espace; le professeur documentaliste n'est pas l'unique porteur de cette formation à l'information, toutes les disciplines sont concernées. Pour Alexandre Serres,le B2i met d'abord au premier plan des processus techniques, une validation sans de vraies formations en amont qui devraient prendre en comte "les 3 R". Françoise Chapron est elle aussi septique quant au B2i, car, certe, il offre des opportunités mais surtout présente de nombreuses limites: la formation et la validation dans les établissements sont souvent informelles et insuffisantes, et les acteurs "de terrains" doivent y adapter les instruction intellectuellement. Pour "résister" à Google, Françoise recommande la lectures des travaux de Frédéric Rabat sur Formdoc ("Une année avec Google").
Deuxième table ronde. "Maîtriser l'information: quelles démarches pour quelles compétences?".
La maîtrise de l'information, ou "information litteracy"(IL), désigne, dans les pays anglo-saxons, la maîtrise des techniques de recherche et d'exploitation de l'information. En France, il revêt un aspect plus procédural, plus béhavioriste, où les savoirs sont peu identifiés, hormis les travaux de la FADBEN. Dans l' IL, la transversalité fonctionne mal dans les établissements, les élèves oublient vite. Il ne suffit pas d'inscrire des compétences d'IL dans les disciplines d'enseignement, mais elles pourraient figurer dans la spécificité de l'enseignement dispenser par les professeurs documentalistes. Jean-Pierre Astolfi (professeur d'université, sciences de l'éducation, Rouen)explique que la didactisation permettrait d'identifier des savoirs spécifiques au domaine et une discipline associée. Par l'analyse des pratiques informationnelles des élèves, la didactisation repèrerait leurs obstacles et les logiques de représentation. Puis, Dominique Aumasson et Patrick Dussauge, inspecteurs dans l'enseignement agricole, expliquent comment ils épaulent les professeurs documentalistes et quelles sont leurs spécificité en IL. D. Aumasson indique que la frustration des professeurs documentalistes de l'Education Nationale de ne pas pouvoir dispenser cet enseignement correctement a été évité dans l'enseignement agricol justement grâce à cet apect procédural de l'IL, par le fait que l'enseignement est à visée professionnel et se lit dans les référentiels métiers. Un temps a été identifié pour les profs docs pour ces apprentissages et par ces référentiels, avec des objectifs clairement énoncés. Tous les élèves en bénéficient donc. (CCF, épreuve terminale, évaluation où les profs docs on leur place...). Dans ces référentiels, l'IL est clairement identifiée dans l'éducation socio-culturelle, non pas discipline mais composante, comme l'ajoute P. Dussauge. Les profs docs sont des professeurs à part mais des professeurs à part entière, dit D. Aumasson. Comme l'exigent les référentiels métiers, ils travaillent en équipe et dans la culture de la pluridisciplinarité de l'énseignement agricole, ce qui n'empêche pas le questionnement didactique. Pour J-P Astolfi, les problèmes didactiques rencontrés par la discipline info-documentation ressemblent à ceux des autres disciplines. Le travail d'élaboration didactique passe par le "cadrage instruit" (Bernard Ray) où l'élève voit plus l'exemple que le théorème, et par "l'intention de mobilisation" (Vincent Carète), or beaucoup de professeurs que les exemples suffisent à explqiuer les concepts. Le prof doc n'a pas le monopole du travail sur l'information mais il est celui qui va nommer les choses, de façon collective et interdisciplinaire mais aussi pour instaurer des "moments décrochés", à part, pour prendre le temps de regarder et de nommer les choses d'une autre manière. En ce sens, la documentation légitime une nouvelle pratique, inhabituelle dans les autres discipline, avec un modèle constructiviste. Comment mettre tout cela en pratique? Pour Françoise Chapron, la didactique ne doit pas venir que des chercheurs mais aussi des acteurs de terrain, des formateurs et de l'institution. Pour l'instant, les notions et les concepts info-documentaires ne sont pas présents dans les formations instrumentales ponctuelles. Pourtant, l'entrée par ces concepts (voir les travaux de Pascal Duplessis sur les cartes conceptuelles) serait une accélération de la professionnalisation des profs docs, qui sont bien des professeurs à part entière et qui peuvent exiger la même rigueur que dans les autres disciplines. Un curriculum pourrait, plus que disposer d'un programme d'enseignement, apporter une vraie formation aux élèves. Pour cela, il est important de mutualiser les travaux entre profs docs et de se former. Il faut exploiter aussi les situations problèmes et en construire de nouvelle (voir le site de Meirieu à ce sujet). Comme l'explique D. Aumasson, les situations problèmes sont souvent exploitées dans l'enseignement professionnel et/ou agricole. Le transfert professionnel s'effectue au quotidien, par le méthodologie de projet, dans la logique de construction des apprentissages. Enfin, J-P Astolfi répond à la question: comment mobiliser l'attention des élèves? L'attention est un espace de traitement mental de l'information, selon sept unités sémantiques retenables qui seront différentes selon si on est expert ou novice. Dans ce sens, la construction des concepts réduit la charge mentale, donc augmente les capacité de mobilisation d'attention.
16 octobre 2008
Profs docs et bibliothécaires, différents ou semblables en quoi?
Dans le Café Pédagogique mensuel n°96, Blandine Raoul-Réa s'entretien avec Eglantine Reymond, bibliothécaire au Centre de Ressources et de documentation de l’IUFM de Créteil. Cette dernière explique pourquoi elle a choisi ce métier, quel a été son parcours scolaire et professionnel, et surtout quelles différences et quels rapprochements elle perçoit entre le métier de professeur documentaliste et celui de bibliothécaire. La principale différence réside, selon elle, dans le fait que le professeur documentaliste se distingue par sa fonction d'enseignant, alors que le bibliothécaire s'occuppe d'un aspect d'avantage tourné vers la technique documentaire et le livre. Pour autant ces deux professions ont en commun la médiation culturelle et ont de plus en plus à apprendre l'une de l'autre face aux évolutions des TIC et l'explosion informationnelle qui en découle.