25 juillet 2009
Hadopi 2: prouvez votre innocence !
La loi HADOPI 2 sera réexaminée en septembre, mais suscite déjà de nombreuses interrogations car les articles 3 (suspension possible de l'a connexion internet) et 3 bis (sanction pour manque de sécurisation de la connexion) ont tout de même été votés. Il est si facile de contourner une adresse IP et difficile de garantir à 100% que votre connexion n'est pas piratée par un tiers. Pourtant, il vous faudra prouver votre innocence (moi qui pensais que, normalement, c'est aux juges de prouver la culpabilité...) en achetant un logiciel de protection sensé prouver que votre ordinateur n'a pas servi à télécharger illégalement. Une perspective de nouveaux marchés de logiciels s'ouvre, au détriment des défenseurs du libre.
Pour en savoir plus:
http://www.pcinpact.com/actu/news/52161-hadopi-logiciel-securiration-negligence-caracterisee.htm
http://www.pcinpact.com/actu/news/49218-hadopi-interoperabilite-logiciel-libre-payant.htm
http://www.april.org/fr/hadopi-securisation-ou-controle-dusage
http://www.20minutes.fr/article/339845/High-Tech-Hadopi-2-part-en-vacances.php
11 juin 2009
Loi HADOPI censurée
Le Conseil Constitutionnel a dit non, hier, aux points de la loi HADOPI concernant les sanctions aux internautes fautifs. Il réclame que ce soit la décision d'un juge et non celle d'une administration qui mette fin à une connexion Internet en cas de téléchargement illégal. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site du Conseil Constitutionnel.
14 mai 2009
LOPPSI 2: une menace pour le net?
Astrid Girardeau publie aujourd'hui sur Ecrans (un site de Libération), un article très intéressant sur Loppsi 2 (loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure), renforcement de LOPSI, vôtée en 2002. Il s'agirait donc d'accentuer la surveillance des sites internet pour lutter contre la délinquance et la criminalité. Sujet à débat et à inquiétudes déjà en 2002, il risque de se poursuivre maintenant, en prolongement de la loi HADOPI, votée hier au Sénat.
Photo: "Day 346- Acces Denied?" par Wishard of Oz
Loi HADOPI votée
La loi HADOPI (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) ou loi "Création et Internet" a finalement été votée par l'Assemblée Nationale puis le Sénat. Le Ministère de la Culture explique que "(...) l’internaute s’expose à une poursuite pénale dès le
premier téléchargement illégal.
(...) Plusieurs avertissements
précéderont toute sanction. (...) Le premier avertissement sera envoyé par courriel ; le deuxième avertissement prendra la forme d’une lettre recommandée,
(...) En cas de renouvellement du manquement, la sanction peut prendre la
forme d’une suspension de l’abonnement internet de un mois à un an,
assortie de l’interdiction de se réabonner pendant la même durée auprès
de tout autre opérateur.(...)". Le Nouvel Observateur précise aussi que "les internautes devront continuer à payer leur abonnement en cas de suspension de leur accès". Les socialistes (dont les sénateurs se sont abstenus de vote) vont saisir le Conseil Constitutionnel et le Parlement Européen veille au respect des libertés et de la justice. La loi "Création et Internet" risque donc encore de faire parler d'elle!
Photo: "By order of the Emperer, I cut off your internet" par Stéfan
24 octobre 2008
Plan de développement de l'économie numérique
Dans ce plan, Eric Besson,secrétaire d'Etat chargé de la prospective, de l'évaluation des politiques publiques et du développement de l'activité numérique, consacre une partie à l'enseignement scolaire (chapitre 3.4: " Accroître les usages du numérique dans l'enseignement scolaire"). Voici un petit résumé:
Les TIC, composantes du socle commun, voient leurs outils évoluer, rendant une "éducation numérique" nécessaire. Pour les développer dans les classes, les équipements et infrastructures devront être améliorés, toujours avec le partenariat, entre autres, des collectivités locales et des actions nationales, les TIC devront être introduites dans l'enseignement et les examens des élèves et des professeurs, et la diffusion des services et des ressources numériques éducatives (ENT...) sera poursuivie.
photo: Club de l'économie numérique 03 par AssisesDuNumérique, sur Flick: http://www.flickr.com/photos/27275513@N07/2700781747/
29 septembre 2008
Paris Berlin n°9 sur Arte "Nouvelles technologies : les mutations dangereuses": petite synthèse
Jeudi 25 septembre, la neuvième édition de « Paris Berlin » sur Arte, présentée par Isabelle Giordano, était ancrée dans un thème d’actualité : « Nouvelles technologies : les mutations dangereuses ». Les technologies de l’information et de la communication (TIC) bouleversent notre quotidien, mais elles posent aussi de nombreuses questions. "Créent-elles un homme numérique ? Serons-nous, grâce à elles, plus créatifs, plus intelligents, ou créerons-nous de nouvelles solitudes, de nouvelles injustices ? Inventons-nous un nouveau rapport au monde, une nouvelle mémoire ?" Les invités d’Isabelle Giordano tentent de répondre à ces questions. Alain Finkielkraut, philosophe et professeur à Polytechnique, se définit lui-même comme un anticonformiste et aborde les TIC de façon très critique. Michel Puech, également philosophe et professeur à la Sorbonne et à Science Po, s’intéresse à l’homme numérique et le définit comme le nouvel homo sapiens. Gerfried Stocker, directeur artistique d’Ars Electronica en Autriche, assure la promotion d’artistes inspirés par l’ère numérique et explique comment elle ouvre de plus large possibilités culturelles. Enfin, Jean-Baptiste Soufron, avocat spécialisé dans le droit du multimédia et des systèmes d’information, et chroniqueur sur ce sujet sur France culture, avance les enjeux à venir des TIC. Les quatre invités débattent donc de ces questions en se demandant quelle est la place des TIC à l’école, quelle part elles réservent à la créativité et à la culture, si elles nous rendent plus ou moins sociables, si elles enrichissent ou non la langue et comment elles peuvent atteindre les libertés individuelles.
Les TIC, et plus précisément Internet, ont-elles leur place à l’école, et si oui, laquelle ? Pour Alain Finkielkraut, la présence d’Internet à l’école est une aberration, un facteur de manque de concentration et de paresse via le « copier/coller ». L’école doit ainsi « sevrer » l’élève de l’information, pour le ramener vers le livre, le texte immobile, celui pour lequel on prend le temps de lire. Pour Michel Puech au contraire, Internet c’est aussi lire plus, avec des textes certes mouvant mais vivants, et par là même œuvrer à la transmission du savoir. Pour lui la guerre entre l’école et Internet n’a pas à être déclenchée, l’un évoluant avec l’autre. Gerfried Stocker explique qu’Internet doit entrer à l’école : « Ce n’est pas parce qu’Internet est barbare qu’il faille en protéger les gens ». Pour lui, Internet offre une possibilité d’améliorer un niveau culturel et rend les élèves producteurs d’information, si les enseignants sont mieux formés. Tout cela permet de sortir du scénario de violence décrit par Alain Finkielkraut. Celui-ci, d’après Jean-Baptiste Soufron, diabolise l’outil. Il souligne que les ordinateurs ne sont pas omniprésents à l’école, et que les élèves l’utilises surtout au CDI, avec un documentaliste qui les observe, les conseille et ne les laisse en aucun cas seuls devant leur écran. Les élèves étant encadrés, l’éducation se fait pas à pas, naturellement. Alain Finkielkraut estime que le CDI, avec justement sa documentation et son information, fait oublier les œuvres, contrairement aux bibliothèques. Finalement l’un prône un arrachement des élèves aux TIC à l’école, où ils doivent en priorité lire des œuvres, les autres une éducation à son utilisation au sein des établissements.
Les TIC renforcent-ils notre créativité et notre capacité artistique ? Pour Alain Finkielkraut, l’art est matérialisé alors que l’écran représente le monde dématérialisé, et l’art devrait justement résister à la numérisation généralisée. De plus« les artistes ne sont pas des gens » : tous le monde ne peut pas être artiste, il faut l’humilité de le comprendre. De même Internet appauvrit la langue française puisqu’on « tchate » au détriment des conversations nourries des grands textes littéraires. Au contraire, Michel Puech affirme qu’Internet ne bloque pas la langue. La culture est vivante, sans cesse en mouvement. Gerfried Stocker voit dans Internet une nouvelle forme d’expression culture et artistique, et même une nouvelle forme de « culture pop », où les jeunes utilisent Internet pour exprimer leur opinion. Ainsi, l’homme numérique serait l’être le plus créatif de l’histoire de l’humanité par sa capacité à créer des contenus. Mais ces contenus, ajoute Gerfried Stocker, manque encore de qualité parce que justement les artistes sont encore trop repliés sur eux-mêmes et n’investissent pas encore suffisamment la toile. Pour Jean-Baptiste Soufron, les contenus ne relèvent pas tous du « stupide », au contraire, car les internautes lisent et écrivent, les contraintes d’écriture étant amoindries. Gerfried Stocker appuie ce propos, en expliquant que le lecteur devient écrivain. Internet, d’après Jean-Baptiste Soufron, loin d’être la « culture de l’amateurisme », devient celle de collaboration. Michel Puech ajoute qu’Internet montre que le monde n’est pas divisé avec d’un côté les experts et la « haute culture » et de l’autre côté les amateurs et la « haute culture ». L’art, et par extension la culture, sur Internet, se dématérialiseraient, se désacraliseraient, donc, en offrant de nouveaux outils de création et d’expression pour les internautes.
Internet nous rend-il
violent ou au contraire y trouve-t-on un nouvel espace de sociabilité ? Selon Alain Finkielkraut,
les téléphones portables sont le reflet de l’individualisme, d’un manque de
savoir-vivre. Internet, quant à lui, est un espace de violence dans les débats,
avec une écriture immédiate, sans la distanciation dans la réflexion. Il
dénonce aussi la « doxa planétaire », l’uniformité idéologique, c’est
qui peut apparaître en contradiction avec ces débats violents, comme le
souligne Jean-Baptiste Soufron. Michel Puech ajoute que
la violence se situe d’abord dans la vie quotidienne, et qu’au-delà de la
férocité des propos échangés se trouve un potentiel de communication très
riche. Jean-Baptiste Soufron explique justement que sur Internet, on ne parle
plus à une seule personne ni à tout le monde, mais à des gens de « notre
sphère » (comme sur Facebook par exemple), et que c’était déjà le cas avec
des revues spécialisées. Tous les intervenants sont
d’accord : la violence existe sur la toile, mais Gerfried Stocker insiste
que c’est la culture, via l’Internet, qui peut nous faire sortir de cette
violence. Internet crée donc des
réseaux sociaux de communication, mais sans une culture de l’information se
développent ces dévires.
Internet menace-il nos libertés ? Selon Alain Finkielkraut, trop d’informations nous concernant circulent malgré nous, en donnant l’exemple de Wikipédia, ce à quoi Jean-Baptiste Soufron répond que ces informations, dans ce cas précis, sont modifiables si elles ne conviennent pas. A la question d’Isabelle Giordano sur l’idée de complot façon Big Brother, Alain Finkielkraut répond que l’idée de « pouvoir mauvais et de société bonne » est absurde. Nous ne vivons pas dans la menace d’une « société surveillée » mais dans celle d’une « société surveillante », dans le sens où c’est bien la société qui divulgue ce qu’elle a cru voir ou entendre. Pour Michel Puech, il faut certe rester méfiant, mais surtout acquérir une maîtrise et une réflexion dans la puissance des TIC. Jean-Baptiste Soufron souligne la présence de plus en plus systématique de contrôles, sur de plus en plus de sites, la possibilité de mettre une information en ligne est d’avantage réglementée. Il ajoute que ce contrôle ne doit pas être aussi sévère que celui des contenus que mettent en ligne les grandes entreprises, beaucoup plus puissantes que l’internaute lambda. Malgré l’impression de surveillance, d’info-pollution, de liberté exacerbée, le web semble donc plus réglementé.
Pour conclure, les débats échangés lors de l’émission ont défini les TIC, et surtout Internet, comme un espace « à double tranchant ». Sur la toile, on peut à la fois apprendre, lire plus, écrire et créer d’avantage, mais aussi communiquer des connaissances, dialoguer, enrichir notre culture. Celle-ci se trouve plus accessible, désacralisée, et cet aspect peu effrayer les intellectuels plus « classiques ». Les dérives d’utilisation, parfois violentes, font apparaître un besoin d’éducation citoyenne pour maîtriser ces outils.
Images (de gauche à droite): Isabelle Giordano (www.toutelatele.com), Alain Finkielkraut (www.consistoirenice.org), Jean-Baptiste Soufron (à droite sur la photo, www.flickr.com), Michel Puech (www.jugendliteratur.org) et (www.dom.ufg.ac.at). Pour des questions de droits, toutes les photos ont été trouvées sur le moteur ccSearch (http://search.creativecommons.org/)




